mardi 3 février 2015

Expat en Afrique, ou le cas du portefeuille ambulant





Le but de cet article n'est pas du tout de me plaindre, mais simplement d'évoquer un "problème" rencontré par  certains expatriés en Afrique, ou dans d'autres régions en voie de développement. Ce problème? C'est l'argent... 

Petit retour en arrière, 2011 lors de ma première année au Nigéria:


C'est donc la toute première fois que nous sommes parachutés en Afrique. J'ai 23 ans, lui 28. Il est le plus jeune de la société pour laquelle il travaille, tout en ayant un poste à haute responsabilité, et moi je suis la plus jeune des épouses d'expat. Forcément notre couple ne passe pas inaperçu. Très rapidement on nous imagine comme étant des petits jeunes  plutôt sympas mais inexpérimentés (ce qui n'était pas faux), et nous sommes donc  souvent sollicités par les nigérians que nous côtoyons.


Qu'il s'agisse du premier chauffeur que l'entreprise de mon homme nous a assigné, ou bien des assistantes de l'école dans laquelle je travaille, il y a toujours l'histoire d'un oncle ou d'un frère malade qui n'a pas assez d'argent pour se soigner.

Au début, forcément, on donne. On donne parce qu'on connait les salaires dérisoires de ces personnes, parce qu'on sait que la vie est dure (et surtout très chère) au Nigéria. On donne aussi parce qu'on a conscience de faire partie des privilégiés, dans un pays où une grande partie de la population gagne environ 2 dollars par jour. On donne surtout parce qu'on ne sait pas dire non.

 Et puis on finit par en avoir marre, et par avoir l'impression d'être un pigeon, parce qu'à force de tendre la main, on finit par se faire bouffer le bras...Plus tu es gentil, plus les gens vont tourner autour de toi, uniquement pour te demander un service.
Alors on essaye de rester les petits jeunes super sympas et ouverts, jusqu'au jour où le chauffeur nous demande de lui donner une grosse somme d'argent, alors que 2 semaines auparavant nous lui avons déjà donné de l'argent pour "soigner" son fils. La c'est trop, je refuse.

 Je lui explique donc poliment que nous ne sommes pas en mesure de lui filer une si grosse somme. Je vois qu'il est très contrarié et se met à nous faire la gueule pendant plusieurs jours, comme un enfant à qui on ne céderait pas à ses caprices.
La je comprends que quoiqu'on fasse de toute manière ce ne sera jamais assez. Que pour ce monsieur, et aussi d'autres personnes, nous ne sommes ni plus ni moins que de vulgaires "oyibos", terme qui se traduit par "l'étranger", mais que l'on pourrait aussi traduire des fois par " sac à fric"...

Mon homme demande alors à la DRH , de nous présenter un autre chauffeur.
Nous engageons donc Wilson.  Un père de famille d'une cinquantaine d'année, autant adorable que très professionnel. Il ne nous a jamais rien réclamé, et quand il nous emprunte des petites sommes, il nous les rend en moins de 24 heures... Comme quoi, il est important de ne pas mettre les gens dans un même sac!
Wilson et notre fille, quelques jours avant qu'on quitte le Nigéria

  La vie précaire que connait un bon nombre de nigérians, est quelque chose à laquelle je suis sensible, et j'estime qu'en tant qu'étranger, nous devons faire preuve d'empathie, lorsque nous sommes entourés de personnes fiables et respectueuses qui travaillent pour nous. Et surtout des personnes avec qui il y a une vraie relation humaine, et non basée sur un rapport malsain à l'argent.

Wilson pour nous c'est un peu un papa, il veille sur nous, sur la petite, nous discutons beaucoup durant les trajets, il nous parle de ses problèmes mais écoute aussi attentivement lorsque nous lui parlons des nôtres. Wilson, il travaille avec son coeur, mais aussi, toujours avec le sourire. Du coup, chaque weekend nous lui donnons un bonus, et payons chacune de ses heures supplémentaires (ce qui n'est pas une pratique courante chez tous les expats!) Il y aussi les petites attentions quotidiennes: Si il me dépose à un salon de thé, je prends toujours soin de ramener une pâtisserie et une boisson pour lui et son épouse. Et quand je fais mes courses, je prends parfois quelques produits alimentaires pour lui ( des nouilles, du riz, de la saucisse, des gâteaux pour ses enfants). Et comme à chaque fois il me remercie par un " God bless you m'am".

Et au Congo alors?


Au Congo, c'est le même principe, on croise souvent des mains tendues dans le but de recevoir un peu d'argent. Parfois je donne, parfois je ne donne pas. Il m'est arrivé de mettre des barres de chocolats dans mon sac, pour les distribuer si un mendiant ou un gamin des rues venaient à tendre la main.
 Il y a des jours, où on ferme les yeux, parce que nous avions pertinemment conscience de ce qui nous attendait dans notre pays d'accueil. Mais par moment il y a de la lassitude à être le "oyibo" ou le "mundelé".
Se promener tranquillement et voir des gamins de villages nous réclamer de l'argent, juste parce que nous visitons un lieu accolé à leurs habitations.
Des gamins nous barrant la route avec un long bout de bois et exigeant de l'argent afin de pouvoir passer, alors que nous faisions simplement un tour en famille un dimanche après-midi.
 Du flic qui t'arrête et invente une faute que tu n'as pas commise pour te soutirer de l'argent.
Sans parler des difficultés que certains connaissent lorsqu'il faut marchander, parce que selon ta tête, ton look, ta couleur de peau, le prix annoncé ne sera pas le même! A la longue cela peut être frustrant. 

Oui, il y a des jours ou c'est usant d'être cet étranger là.
 Mais notre ras-le-bol peut-il être légitime lorsque nous nous expatrions dans un pays où des gens vivent ou même parfois survivent, avec trois fois rien? Ne ferions nous pas la même chose à leur place? Je suis moi même née dans un pays d'Afrique, et je sais que pour les habitants cela peut être difficile de voir les étrangers donner l'impression de mener"la belle vie". Mais devons nous, pour autant,  culpabiliser chaque jour, ou nous sentir redevable de quelque chose? 

Avec le temps, nous avons appris à être plus fermes, et sommes donc beaucoup moins sollicités. Dire non de façon catégorique, même quand la situation te pince le coeur, ça s'apprend. Surtout avec l'arrivée d'un bébé, il a fallu respecter notre budget, car ne l'oublions pas la vie est très chère quand on veut un minimum de confort en Afrique (quand le prix de ton panier de course est multiplié par trois, ça te coupe vite l'envie de jouer les "mère Thérésa" à tout bout de champs)!

Le truc c'est de trouver un équilibre entre  bienveillance et fermeté, au risque de se faire bouffer tout cru et de passer pour le pigeon du quartier ...Montrer que nous pouvons avoir de la compassion et être en mesure d'aider, mais montrer aussi que nous ne sommes pas des distributeurs de billets automatiques. Trouver cet équilibre fait partie des éléments importants pour s'adapter et vivre au mieux ce genre d'expatriation, car être trop "gentil" ou trop "méchant", peut aussi te causer du tort...


11 commentaires:

  1. Bon courage en tout cas pour trouver cet équilibre! Et respect aussi pour toi, je serais absolument incapable de vivre dans ce type d'environnement....

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    1. Merci Karine! Pas de souci pour nous, depuis cet épisode du "chauffeur" au Nigéria nous avons adopté justement une attitude plus appropriée, donc pour nous l'équilibre est trouvé ;). Je comprends tout à fait que ce genre de vie ne fasse pas forcément rêver, mais quand on le vit, avec du recul et si on pense aux avantages ( heureusement il y en a) on se dit c'est pas forcément plus compliqué qu'ailleurs. Tout est question d'adaptation ;). D'ailleurs il y a des expats pour qui l'Afrique est un véritable coup de coeur :)

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  2. C'est très intéressant ce que tu racontes là parce qu'au Bénin aussi j'ai connu ce genre de situation. Parce qu'on est Blanc, on a forcément beaucoup d'argent, alors que j'y suis allée en étant étudiante et j'avais du mettre de côté durant plus d'un an avec des petits boulots pour me payer mon voyage mais ça, ça n'est pas toujours la facette qu'ils conçoivent et voient. Comme tu dis, il faut s'entourer de personnes de confiance et c'est le plus difficile... Vous êtes chanceux d'être tombés sur Wilson :-)

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    1. Merci beaucoup Chibi pour ton commentaire. Comme tu dis certains peuvent croire ( à tort) que si t'es blanc c'est que tu es "riche", et bien sur que non les étrangers ne sont pas forcément plein aux as... Certes dans notre cas nous avons une bonne situation mais on est pas "riches", pas assez pour accepter de payer toujours plus que les autres ou jouer les distributeurs automatiques! Et c'est vrai c'est important de s'entourer de bonnes personnes, car il y a des personnes qui nous laissent une belle image de ces pays, que ce soit Wilson ou encore d'autres, heureusement et c'est pour cela que je tiens à ne pas faire de généralité!

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  3. Merci pour ce billet, j'ai aimé te lire :)
    Et pleins de courage car c'est pas évident. ;)
    Biz

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  4. J'aime les mots que tu poses fafa sur ce que beaucoup d'expatriés peuvent vivre en Afrique.
    Pour la petite histoire je mettais ça sur le compte d'être blanche, étrangère mais j'ai appris avec le temps que la manière dont j'étais sollicitée n'était absolument rien par rapport à mon mari qui est bien noir et bien sénégalais. Il ne se passe pas une heure dans sa vie sans qu'il ne soit sollicité et je suis toujours épatée de la philosophie avec laquelle il prend ça...

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    1. Tu as bien raison de relever ce "détail", effectivement cela va au dela de la couleur de peau ou des origines, puisque lorsque ma maman, qui est malgache, va à Madagascar, elle est énormément sollicitée... Mais c'est vrai aussi que le fait de toujours devoir mettre la main au portefeuille est une chose que connait la plupart des expats, et je sais aussi que certains ont du mal avec l'Afrique à cause de cela... merci en tout cas pour ton commentaire, j'apprécie toujours d'avoir ton point de vue :-)

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  5. ca doit etre tres difficile à vivre par moment... quand je vais en ville et que je vois les sans abris les gens qui font la manche, j'ai beaucoup de mal à ne pas donner systematiquement...et je suis en France, ce n'est donc pas à chacune de mes sorties! ca a du etre difficile de trouver cet "équilibre" mais j'ai été tres touchée par ce chauffeur Wilson qui devait vous trouver bien aimables! tu es vraiment une belle personne, j'aime beaucoup ce que je découvre de toi à chacun de tes billets! <3

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    1. Oh merci pour ce commentaire qui me va droit au coeur <3. C'est vrai qu'on s'est laissé un peu marcher dessus avant de trouver cet equilibre, et heureusement que nous avons pu nous entourer de belles personnes, vraiment...

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  6. Je suis métisse mais j'ai la peau noire ... hihihi je devrais donc me fondre dans la masse ( En théorie ) 😅 Lol

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