lundi 31 mars 2014

Ma vie à Lagos: Une histoire de nounou

Le Nigeria fait partie de ces pays où,  il est coutume d'avoir une nounou à la maison pour s'occuper du ménage mais aussi des petits louveteaux.
Entre astiquer une maison aux standards américains, c'est à dire 10 fois trop grande, et permettre à la maman de s'occuper un peu d'elle même,  la nounou s'avère alors être une aide qu'on accepte volontiers, surtout quand cela ne nécessite qu'un budget moyen de 200$ par mois (30 000 à 40 000 Nairas).
Bien loin de la caricature de la " femme africaine" exploitée par des méchants blancs, avoir une nounou ici ne fait pas de vous un bourreau ou un esclavagiste.  Bien au contraire, non seulement vous offrez du travail, donc un salaire et un toit, mais en plus, quand tout se passe bien, la nounou est considérée comme un membre de la famille.
Et si on partage avec elle nos tracas du quotidien, il arrive parfois que ce sont ses tracas à elle, que nous familles oyibos, sommes mener à gérer.

Cela me tenait donc à coeur de vous parler d'Alice,  une grande dame souriante et affectueuse, que nous avions engagée pour m'aider dans mon quotidien de maman "lagosienne", et dont l'histoire m'emeut encore beaucoup...






               La grande dame qui souriait du matin au soir...




Je suis enceinte de 7 mois, dans quelques jours nous rentrons en France pour la dernière ligne droite avant l'accouchement. Mais avant ça, je me suis donnée pour mission de trouver celle à qui je pourrai confier ma maison mais aussi parfois mon bébé, les yeux presque fermés.

 Quelqu'un frappe à la porte. En ouvrant , j'apperçois une femme, aussi grande et large qu'une armoire, le sourire qui monte jusqu'au oreilles. " Good afternoon Ma"me dit-elle d'une voix rauque et chaleureuse à la fois.

Elle s'appelle Alice.  Elle a 36 ans, et est originaire du Ghana. C'est une maman de 2 enfants,  qui eux sont restés au pays  ".
" - Ils sont avec leur père?
  - Non madame je n'ai plus de mari...ils sont avec leur grand-mère".

"Quelle idiote!" pensais-je, pourquoi faut-il toujours que je pose la mauvaise question?

Elle porte une jupe longue noire et un chemisier blanc à froufrous, qui aurait fait fureur dans les années 80. Sa carrure m'impressionne. J'ai carrément l'air d'une enfant à côté d'elle, et je me dis qu'avec un tel gabarit, il vaudrait mieux qu'on s'entende bien...

Elle me paraît tout à fait correcte, son apparence est soignée et elle semble incroyablement gentille. Son niveau d'anglais n'est pas genial, de plus elle ne sait ni lire ni écrire, comme beaucoup de nounous ici, mais je l'ai choisie elle, tout simplement  parce que trouver une personne de confiance dans la Lagosphère, ce n'est pas toujours facile.
Les nounous nigérianes ont mauvaises réputation. 0n les dit aggressives, fainéantes, intéressées uniquement par l'argent...

Il a fallu donc que je compte sur les recommandations d'une amie, qui a promis de m'envoyer quelqu'un qui ne nous causera pas de soucis. " C'est une femme sérieuse,  elle est très sociable et très bosseuse...".
Alice commence à travailler pour nous en août 2012. Elle est  dynamique, souriante du matin au soir et toujours respectueuse. Bonne humeur et énergie, sont les mots qui la qualifient le mieux.

                          Le soutient d'Alice dans ma nouvelle vie de maman


En janvier 2013, nous sommes de retour à Lagos, avec notre petite loupiotte aux grosses joues. Elle a 2 mois.
Alice accourt vers elle pour la prendre dans ses bras. " Dieu merci tout s'est bien passé"  lance t-elle tout en plongeant son regard dans celui du bébé.  Elle se met à chantonner, elle rit de bonheur d'avoir ce petit bébé oyibo blotti contre elle.

Je lui explique alors  en quoi va consister desormais son travail:
 Elle fera le ménage le matin , et l'après midi elle m'aidera un peu à m'occuper de la petite.

Je réalise très rapidement la chance que j'ai d'avoir du personnel de maison, en France pour les mieux loties,  elles ont leur famille et quelques amies proches à disposition pour les soutenirs dans leurs premiers pas de maman.
Ici c'est différent, je suis seule dans cette baraque XXL,  avec un bébé qui refuse de faire la sieste, malgré les signes de fatigue. D'une parce qu'elle est très éveillée, mais aussi parce qu'elle souffre d'un sérieux RGO ( reflux gastro oesophagien).

En gros, ma fille passe son temps à vomir du lait caillé, et  par conséquent ne supporte plus la position allongée, ni même son transat ou son cosy, et ce malgré le traitement et l'utilisation d'un lait épaissît... Les premiers mois sont assez endurants, et c'est toujours dur de voir son enfant pleurer et lutter pour ne pas dormir, à cause de l'inconfort causé par ces fichus reflux....

Grâce à l'aide d'Alice, je peux me permettre quelques moments de répit.

La grande dame souriante,  prends la relève si besoin pour la bercer , mais mademoiselle ne veut pas dormir. Elle  l'a porte alors sur son dos " à l'Africaine", mademoiselle ne dort toujours pas, mais elle ne pleure plus, parce qu'elle est en position verticale et ne souffre donc plus.

 Je me rappelle alors des mots du pédiatre " En Afrique rare sont les bébés qu'on diagnostique avec un RGO, car portés sur le dos à longueur de journée, ils sont toujours en position verticale et n'ont aucun inconfort digestif...".

Alice chante beaucoup, et souvent des chansons qu'elle invente sur le tas. Je ne comprends pas toujours les paroles, mais ça apaise ma fille, et  tout le monde est content.

 "Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. " dixit Voltaire. 


                                     Une tranquillité de courte durée


La relation avec la nounou est au beau fixe , seulement, 3 mois plus tard je constate que la grande dame commence à fatiguer. Elle me semble plus maladroite qu'avant, cernée, étourdie.
 Elle se met à tousser aussi, et vient travailler avec un foulard autour du cou.

Je decide de réduire ses heures de travail. Je la libère de plus en plus tôt, et la sollicite de moins en moins.
Puis un soir, elle vient me voir " madame j'ai très mal à la tête, mal au dos et au ventre...".
Je lui donne un comprimé d'anti-douleur et lui demande si ces douleurs sont habituelles.
" Non madame, je n'ai jamais eu mal comme ça avant".  Je lui donne un second cachet qu'elle devra prendre avant d'aller se coucher, et la renvoie au boy's quarter, là où loge  le personnel  de tout le compound.

 " Ca ira mieux demain..."

Quelques jours plus tard, rebelotte: " Madame je ne me sens pas bien, j'ai tellement mal, tout mon corps me fait mal, et je suis tellement fatiguée. Je ne dors plus la nuit tellement je souffre...".
Je constate effectivement que son teint avait changé. Une main est posée sur son ventre, comme pour tenter d'atténuer la douleur.

Je lui demande ce qu'elle a mangé dernièrement,  et si elle a des antécédents médicaux. Elle ne sait pas vraiment quoi me répondre, mais la grimace sur son visage me convaint que quelque chose ne va pas du tout.
Je lui dis alors: "Peut être que tu as mangé un truc qu'il ne fallait pas, va voir un médecin demain matin, et prends toi 1 ou 2 jours de repos, on verra bien."

Le lendemain midi elle revient avec une petite mine:
" - J'ai vu le docteur madame, c'est la malaria... vous savez au boys quarter on a pas de moustiquaire...
  - Tu as de la fièvre, tu vomis?
  - Non, mais le docteur a dit que c'est la malaria".

                    "Ici, peu importe les symptômes, c'est forcement la malaria... "

Je regarde la facture, 800 nairas, soit environ 3,50euros. Quel medecin facturerait une consultation à 3,50 euros dans une ville où tout est excessivement cher?

 Je lui demande dans quel hôpital elle est allée, elle me répond dans un cabinet privé à Ajah.
Ajah, c'est les quartiers populaires, on y trouve des hôpitaux mais aussi des pseudos médecins peu scrupuleux profitant de la naïveté et de la misère de certains...

 "Dès qu'ils ont le moindre problème ici, c'est forcément la malaria" me dit ma voisine française en rigolant!

J'explique à Alice qu'elle est surement tombée sur un charlatan.
J'attrape  la boite à pharmacie, et prends un kit de diagnostique rapide de malaria, qui nous a été délivré par l'hôpital international.
Je lis calmement la notice, puis effectue le test. Négatif. Elle s'étonne " Mais le docteur a dit que...".

"Je ne sais pas ce que tu as, je vais t'envoyer dans un autre hôpital, tu vas faire un bilan complet. Demain matin à 8h tu pars avec le chauffeur, il saura où t'emmener."

Je lui donne 5000 nairas, soit une vingtaine d'euros. Le lendemain le chauffeur l'emmène dans un hôpital public. Avant de partir, elle me dit" Ca va un peu mieux aujourd'hui, je crois que j'ai peut être besoin de vitamines, c'est de la fatigue tout simplement...".

Elle avait retiré le foulard qu'elle portait autour du cou. Je m'aperçois qu'elle a des  ganglions enflés au niveau de la gorge.

Il est midi, j'attends son retour avec impatience, car quelque chose au fond de moi me dit que c'est bien plus grave que ce qu'elle croit.
 Elle qui souriait du matin au soir, elle qui était aussi costaud et dynamique qu'une championne de lancée de poids de l'Allemagne de l'est... Elle s'était completement transformée, en l'espace de quelques jours seulement, en une femme fragile et usée, déambulant comme si elle luttait pour tenir encore debout.

13h.  Elle revient, le pas lent mais sourire aux lèvres... et une enveloppe dans les mains.
" -Tu ne l'as pas encore ouverte?
  -Non madame, vous pouvez lire pour moi?".


                              Le plus mauvais rôle de ma vie.


" - Il a dit quoi le médecin?
   - Rien madame"

Question stupide encore,  pourquoi un médecin nigérian irait discuter  de l'état de santé d'une employée de maison illettrée, qui plus est immigrée ghanéenne?

Je prends l'enveloppe et commence à lire les resultats des differentes analyses.  Le document est un peu brouillon mais j'arrive à le décrypter, en m'y reprenant à plusieurs reprises. Tout semble normal, pas d'infection pulmonaire, pas d'infection urinaire, pas de malaria, pas de diabète ni de cholestérol, pas de carences etc etc...
Je lève mes yeux vers elle. Elle me sourit toujours et attends impatiemment  la suite. Je  poursuis ma lecture, soudain mon coeur s'arrête.
Une gifle, un coup de massue sur la tête: HIV positive 

Je replie le papier, et la regarde.

" Alors c'etait bien ça Madame, j'ai juste besoin de vitamines?"qu'elle me dit avec son sourire de petite fille.

Je suis complètement retournée, je cherche mes mots. " Pourquoi cet abruti de médecin ne lui a rien dit?" pensais-je, avant de me lancer. 

" Tu es seropositive..."
L'étonnement se dessine sur son visage.

"  - Sero quoi? je ne comprends pas madame.
    - Séropositive.  Tu sais ce que c'est le VIH?".

 Je me sens mal et stupide à la fois, et je voudrais que ce moment là ne soit jamais arrivé dans ma vie: devoir annoncer à cette gentille dame qu'elle a le sida, mais aussi lui expliquer ce qu'est cette maladie qui tue encore aujourd'hui des millions de personnes à travers le monde.

" - Mais c'est quoi, et comment j'aurai pu attraper ça?
  - C'est une maladie grave, qui affaiblit dangereusement ton système immunitaire, le virus se transmet par la sang et les rapports sexuels..." répondais-je en essayant de contenir mon émotion et ma gêne.

"Ca pourrait expliquer peut être pourquoi ton état se dégrade... enfin je ne sais pas, il faudrait l'avis d'un  médecin. L'hôpital n'aurait pas du te laisser partir comme ça, sans rien te dire, sans même t'expliquer comment tu vas devoir te soigner".

Quand j'étais petite je voulais être docteur, mais j'avais tellement les maths en horreur, que j'ai fini par laisser tomber... Maintenant j'ai une raison supplémentaire de me dire, que ça n'aurait pas été un métier pour moi. Annoncer aux gens qu'ils sont atteints d'une maladie grave  est un exercice bien plus compliqué qu'on se l'imagine.
Non, vraiment c'est pas pour moi.

Le dégoût me monte à la gorge, comme une nausée. Je suis en colère contre ce médecin qui lui a remis l'enveloppe dans les mains, sans même avoir pris la peine de lui parler. Elle ne devait être pour lui rien de plus qu'une paysanne illettrée venue s'installer au Nigéria pour faire la bonne.

 Son visage se décompose, son sourire disparait.

" Je n'ai connu que mon mari, jamais d'autres hommes, je suis une femme bien vous le savez Madame, je ne comprends pas."

Je repense alors à ma première question, lorsqu'elle a passé l'entretient " Tes enfants sont avec leur père?" " Non madame je n'ai plus de mari...". J'avais mal compris, c'était en fait" J'ai perdu mon mari".

Je suis sans voix, et elle, effondrée, elle s'assied sur le sofa, retient ses larmes.
"Je ne veux pas perdre mon travail,  j'ai 2 enfants à nourrir...  je vais me soigner et ça ira mieux".

Je retrouve mes esprits et lui reponds" Tu dois rentrer au pays, et faire le dépistage à tes enfants, peut être qu'ils sont aussi seropositifs. Tu peux pas continuer comme ça, c'est pas une affaire de vitamines... Puis tu dois prendre un traitement, regardes toi tu n'es plus du tout en état de travailler, ça fait 1 semaine que ton corps ne suit plus du tout.'


" Please madam, I beg, please I need my job...I have 2  children, please...".



Ces mots, ont mis du temps à quitter mon esprit.

Ses larmes coulent, sa voix tremble, et moi je me déteste. J'ai le mauvais rôle, celui de  l'employeur qui songe à se séparer de son employée malade.

" Je vais me soigner, je pourrai sûrement retravailler après, je vous en prie..."

            J'ai 25 ans, je viens d'avoir mon premier enfant, je me remets a peine du choc psychologique que m'avait provoqué ma césarienne d'urgence, je suis loin de ma famille, dans un pays où de nombreuses contraintes peuvent facilement te miner le moral. Je dois chaque jour lutter pour que ma fille vomisse le moins possible afin qu'elle prenne bien du poids... C'est déjà beaucoup pour moi. Mais là, prendre en charge une employée de maison gravement malade, je ne peux pas, c est au dessus de mes forces.

" Tu as surtout besoin de te soigner et de te reposer auprès de tes enfants. Quant à moi je ne peux pas confier mon bébé de 5 mois à une personne  aussi affaiblie et souffrante, ni même te demander de continuer à astiquer une maison de 3 étages ..
 Tu peux le comprendre ? Et si tu tombes dans les escaliers? Et si ton état venait à s'empirer de jour en jour? Puis tu n'as personne ici, et tu as bien vu comment ils sont dans les hôpitaux avec les immigrés!!"

Elle ne reponds pas, et baisse les yeux.

" Demain tu vas aller dans un hopital privé en ville, tu refais des tests pour confirmer ces résultats, et tu vas te renseigner pour les traitements".

Les résultats seront les même: Alice est séropositive, mais ne demandera pas de traitement.

Elle retourne au boy's quarter.
Je m'assois, et plonge mon visage dans mes mains, en me demandant ce que j'allais faire.

 Mais pas le temps de ruminer des pensées négatives, bébé pleure et il y a le ménage à terminer à l'étage.
Je monte avec ma pepette, portée en écharpe. Elle ne dors toujours pas, mais est très irritable et agitée à cause du manque de sommeil. " Va falloir que tu sois cool avec maman aujourd'hui ..."

 Je regarde par la fenêtre de ma chambre, j'aperçois Alice  par terre, recroquevillée sur elle même, devant le boy's quarter. Elle pleure.  Les autres employés du compound tous originaires du Benin continuent de faire comme si de rien était, pendant que la grande dame ghanéenne pleure toutes les larmes de son corps.
Pire que la maladie: la solitude, et l'indifférence.

 Je retiens mes larmes, je me sens coupable, et monstrueuse "  Qu'est ce que je peux faire de plus bon sang? Et qu'est ce que les autres auraient fait à ma place avec un bébé?".

                       Tu peux pas porter la misère du monde sur ton dos...


Je me confie à ma voisine, une française qui a bien une vingtaine d'années d'expatriation au compteur.

J'ai besoin qu'on me dise ce que je dois faire, qu'on me dise comment le faire.

Elle me dit tout naturellement" Tu ne peux pas porter toute la misère du monde sur ton dos, pense d'abord à ton bébé, à comment tu vas gérer ton quotidien,  le reste c'est pas tes histoires. Même si c'est triste, même si c'est injuste, tu dois rester en dehors de tout ça, sinon tu ne seras JAMAIS tranquille".
J'en parle également à ma voisine nigériane, pour avoir un autre point de vu. Son discours est identique à celui de la française. " Elle doit rentrer au Ghana, ici personne ne l'aidera".

Je demande à l'amie qui m'a recommandé Alice, de venir lui parler et de lui expliquer ce qu'elle devait désormais faire.
 Alice acquiesce en silence, et essuie ses larmes.  Son regard est vide, en quelques jours elle avait pris presque 10 ans. Ses larges épaules sont recouvertes d'un châle alors qu'il fait un temps à se dorer la pilule sur la plage.  Je pose ma main sur son épaule, je voudrais lui dire quelque chose mais je ne trouve pas les mots.


Nous profitons d'une visite chez le médecin, pour demander si on avait besoin de faire une prise de sang pour le bebe: réponse radicale du médecin, "NON, le sida s'attrape par le sang et les rapports sexuel point."
 On a beau savoir ces choses là, quand il s 'agit de notre petite progéniture, on s'imagine toujours le pire. Quelques semaines plus tard lors d'un séjour en France, le pédiatre de ma fille nous dira la même chose que notre généraliste à l'hôpital international. " C'est pas en changeant une couche ni en portant un bebe dans ses bras que blablabla...". 

OK

      "Je ne suis qu'une mère"


Une semaine plus tard, Alice accepte de repartir chez elle, au Ghana. A Lagos elle n'a aucune famille, aucun vrais amis, et l'hôpital est bien plus cher que chez elle.
En plus d'une indemnisation généreuse, je lui donne également  de quoi payer une partie de son traitement et faire dépister ses enfants.
Mon amie lui dit qu'elle doit quitter Lagos au plus vite, car une femme seule avec une telle quantité de cash sur elle, représente la cible parfaite pour les délinquants.


Elle prends ma fille dans ses bras, en lui offrant un dernier petit sourire " I'm gonna miss you my baby, please don't forget aunty Alice". 


                                            La vie continue


Tout cela est de ma faute, j'aurai dû dès le début lui demander un bilan de santé complet, cela va de soi, on n'engage pas quelqu'un comme ça, naïvement...

 Mon homme en discute avec ses collègues. Ceux qui emploient également des nounous et des cuisiniers les envoient immédiatement à leur tour faire une prise de sang.  On oublie parfois qu'on est en Afrique, et que le sida est une réalité, ici un peu plus qu'ailleurs.



Quelques jours plus tard je tombe sur une annonce, un couple français qui cherche du travail pour leur ancienne nounou. Je l'a fait venir pour un entretient.
C'est un petit bout de femme.. Elle ne sourit pas une seule fois durant nos échanges. Non, la politesse chez elle ne passe pas par le sourire mais par un léger mouvement de la tête, une sorte d'acquiescement plutôt solennelle.
Ca m'arrange qu'elle ne sourit pas, on s'attache trop aux sourires des gens. Celle-ci a l'air gentille sans avoir même besoin d' afficher une  quelconque joie de vivre sur son visage. Tant pis, et tant mieux.

Elle est très coquette, bien maquillée comme si elle avait rendez-vous avec son amoureux, parfumée comme si elle sortait d une boutique Sephora.  Certains de ses papiers indiquent qu'elle a 27 ans, d'autres indiquent qu'elle en a 30.  Peu importe, elle a un document attestant d'un très bon état de santé, et la confirmation venant de ses anciens employeurs qu'elle est  sérieuse, et qu'elle aime les enfants. Ils disaient vrai.

 6 mois plus tard elle refera un test de dépistage du Sida. Négatif.

Elle s'appelle Christina, mais veut qu'on l'appelle Christie. C'est une nigériane.
Elle travaille depuis maintenant 1 an pour nous, et elle n'est ni fainéante, ni agressive ni vénale.






PS: Nous avions eu quelques nouvelles d'Alice les semaines qui ont suivit son départ  Elle était bien rentrée au Ghana auprès de sa famille. Quand je lui ai demandé si elle a fait faire un dépistage à ses enfants et si elle a commencé son traitement, sa reponse fut assez confuse. J'en ai conclu qu'elle n'avait pas désirer depenser l'argent pour essayer de lutter contre cette maladie qui lui était totalement inconnue. 

A bientôt

Fafa

27 commentaires:

  1. J'ai lu ton article. Il est beau, touchant. Je me suis presque imaginée dans cette vie africaine, comme si j'étais aussi une expatriée... Mais non, je ne suis qu'une petite jeune, une Lilloise qui ne pense pas encore à tout ca... Mais face à cet article, on se rend compte de "ca" justement, de cette réalité.

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire Rose, effectivement impossible d'imaginer que ce genre de choses puisse nous arriver. 1 an et demi auparavant j'étais à Paris, bien loin de ce type de situations, difficiles à gérer et bouleversantes.

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  2. C'est un très beau témoignage que tu as fait là.
    Bravo. J'espère qu'Alice et sa famille s'en sortiront.
    Et j'espère que toi et ta famille vous portez bien.

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  3. Très beau témoignage, très touchant. On ne peut s'empêcher d'avoir une boule dans la gorge qui grossit au fur et à mesure de la lecture ... une belle baffe humaine

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    1. Merci Lorette, ce récit a été écrit avec le coeur, et je suis contente qu'il ai pu toucher celles et ceux qui ont pris le temps de le lire. A bientôt :)

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  4. J'en ai les larmes au yeux. J'aimerai telment aider cette Alice, et prier pour qu'elle s'en sorte... Enfin de compte je me suis attaché à elle même si je ne la connais pas. Sa prouve que ton texte est chargé d'émotions et surtout qu'il es bien écris :)

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    1. Merci Kawotte, quel plaisir pour moi de lire ce genre de retour sur un texte qui me tenait vraiment à coeur. A bientôt :)

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  5. bonjour ...ton billet me touche...merci de ce partage.
    Je suis d'origine du congo....j'y ai vécu enfant avant de vivre en france puis maintenant je suis au canada...j'ai connu les domestiques à la maison au congo. les nounous qui vivaient avec nous...j'ai souvent vu mon père donner plus d'argent pour les enfants malades, l'écoles de leurs petits, etc... ton billet me rapelle cette époque j'espère que la famille d'Alice iront pour le mieux! Je trouve que tu as géré cette situation délicate avec beaucoup de sagesse! Bravo! Merci du partage

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    1. Merci Yo Mafa pour ton commentaire, qui me va droit au coeur. Tu étais dans quel coin du Congo? Nous allons bientôt nous installer la bas si tout va bien :)

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  6. Je suis toute retournée par ton témoignage... Ici on oublie facilement tout ça, dans notre quotidien, en France. Bref, je ne sais pas vraiment ce que je peux ajouter, juste que je suis très touchée par ce que je viens de lire et que je vais certainement y penser souvent.
    Ton blog est une très belle découverte.
    A bientôt.

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    1. Merci beaucoup :), je crois qu'avoir mis des mots sur cette histoire m'a soulagé d'un poids, cela m'avait beaucoup peiné et bouleversé, et je suis contente d'avoir pu partager cela avec vous tous. A bientôt

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  7. Merci pour ton témoignage. Je vis au gabon aussi avec une nounou et je n'ai encore jamais rēussis à témoigner sur le sujet. Le test de prise de sang m'interpelle... Je ne l'ai jamais fait non plus et je pense que je vais le faire faire à ma nounou. Ce sra bien pour elle aussi.

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    1. Bonjour maman chat, merci de m'avoir lue et merci également pour ton commentaire. Si tu as une nounou effectivement une prise de sang ou même un bilan complet sur son état de santé serait une bonne chose que ce soit pour vous et surtout pour elle. A bientôt :)

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  8. Je suis content de ce qu'il a toujours apporté vous excitant et j'espère récompenser toutes les bonnes choses seront comme ce que nous voulons, grâce

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  9. Quel beau témoignage... Rempli de sincérité, d'humanisme et de réalité... Ce que vous avez vécu est bouleversant et la décision à prendre difficile mais je pense réellement que vous avez fait le bon choix ! Je ne peux m'empêcher de penser à votre nounou... Je ne sais pas ou elle est aujourd'hui mais vous lui avez rendu le plus beau des hommages.
    Merci à vous pour ce beau texte !
    Amélie

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    1. Merci beaucoup Amelie d'avoir pris le temps de me lire et de laisser ce gentil commentaire :-). Effectivement malgré la panique je pense et j'espère avoir réagi de façon appropriée, mais sur le coup c'était vraiment pas facile ..
      A bientôt!

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  10. Thank you for for sharing so great thing to us. I definitely enjoying every little bit of it I have you bookmarked to check out new stuff you post nice post, thanks for sharing.

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  11. Tres tres belle article. D'origine africaine c'est quelque chose qui s'oublie vite quand on part en vacances, Je ne suis pas beaucoup plus jeune que toi mais j'aurais surement reagi pareil (culpabilite eternelle en plus)

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    1. Merci Sarah :-), je suis un peu soulagée de me dire que d'autres personnes auraient réagit comme moi, c'était vraiment compliqué comme situation...

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  12. Fafa, ton texte m'a pris complètement de court. A nouveau ton témoignage est magnifique, nuancé. On ne s'attend pas à ce que le sida rentre dans le quotidien avec une telle violence. Je n'ose imaginer la douleur qui l'a écrasée, dans une culture où le sida est encore plus tabou qu'en Europe.

    Je ne sais pas ce que j'aurais fait. Mais tu me sembles avoir agi au mieux de tes possibilités, avec humanité et affection pour cette femme qui partageait vos vies.

    As-tu d'autres nouvelles?

    Aline

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  13. Je tombe sur votre blog un peu par hasard, et je suis vraiment touchée par ce récit... Merci de l'avoir partagé. Annabelle

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  14. Wow, c'est dur...! Au début, je me suis complètement mise dans la peau de la nounou, et je t'ai oubliée, toi, celle qui a dû annoncer la nouvelle et gérer derrière. Et je me suis revue, une chouia plus vieille de cinq ans mais aussi perdue avec bébé Mark qui ne dormait pas, à essayer de me débrouiller, sans famille autour. Et là, rien d'autre ne compte que le bébé et toi, c'est déjà dur de gérer... pas possible d'entre prendre plus. Tu as pris la meilleure décision possible.

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  15. Je suis bouleversée. Par ton billet, tes mots, ton désarrois, par cette situation que tu as du vivre, par cette pauvre Alice... quel témoignage poignant. merci.

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  16. Récit très beau très touchant jusqu'au passage où vous exigez aux employés de maison de passer un test HIV si on vous fait la même chose en France vous serez la première à sauter pour discrimination. Cette règle est une règle égoïste pour éviter d'avoir à gérer le fait que des gens meurent. Etre complice de cette règle épouvantable c'est bien bas.

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  17. Je viens de tomber sur votre blog un peu par hasard et surtout parce que ma fille est expatriée à pointe noire avec son mari et leur fils et j aime de temps en temps regarder tout ce que touche au Congo. Ce texte m a donné les larmes aux yeux, et vous avez fait certainement le bon choix. j espère qu Aline et ses enfants vont bien. Encore merci pour votre témoignage plein de respect et d'humanité envers les autre.

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